TEXTE Adrien Thomas
Les funambules des crêtes.
« Alors, par où vous êtes passés ? » traduit l’interprète, visiblement mal à l’aise.
Jérôme croit qu’il va exploser, lui envoyer son questionnaire, ses cartes et sa suffisance à la figure. cette question, il y a déjà répondu une dizaine de fois, retracé, heure par heure, km par km le déroulement de notre passage de frontière.
C’est sa voix, qui fait sursauter a chaque fois qu’il nous aborde, cette voix, railleuse, arrogante, c’est celle de celui qu’on surnomme “le colon”; le stéréotype du gradé, hargneux, bête et méchant, le genre qui frappe ses hommes. Petit, bedonnant, le crâne rasé, les dents dorées.
Jérôme repasse les événements dans sa tête ; les quatre jours de détentions écoulés, les interrogatoires, les tentatives d’intimidation. Ces hommes qui vont et viennent de Vladikavkaz ou Moscou, civils et militaires, ce convoi organisé hier, pour reconstituer les faits. Ils se revoie à Paris, essayant de convaincre.
Quelques mois auparavant, alors que nous prenions la décision de partir, au cœur de la tourmente: matériel, visas, formalités. Il s’agissait alors de persuader les incrédules et les sceptiques, de rassurer les familles, le banquier. Dernière nuit blanche avant le départ, au téléphone, les parents s’inquiètent, « n’oubliez pas: prenez une tente ». Pas possible, chaque sac ne dépassera pas 7 kg ; nous voulons être légers, rapides et autonomes. Nous avons deux mois, délai que nous laissent nos emplois du temps d’étudiants, pour relier la mer Caspienne à la mer Noire, 1800 km au rythme des pas, de vallées en vallées, d’un sommet à l’autre. Sur les plaquettes des tours operators, le Caucase ne figure pas. Tchétchénie, Daghestan, Abhkasie, Ossètie, autant de conflits qui valent à cette région le titre “zone à éviter”. Derrière cette étiquette c’est des siècles d’Histoire, une des mosaïques ethno-culturelle les plus riches de la planète.
Ce qui nous a mené jusqu’ici , dans cette base militaire quelque part entre Tchétchénie et Ingouchie ? « Franchissement de frontière en dehors d’un poste, vous risquez 6mois, plus, si l’enquête dure. » D’où venons nous, pour mériter autant de soins ?
Aéroport de Bakou, 23h, le 22juillet2001. Trois jeunes occidentaux dénotent sur la masse des voyageurs, leur l’attirail est flambant neuf, identique pour chacun d’eux ; des proies faciles pour les chauffeurs de taxi à l’œil avisé. De nuit, la princesses des rives de la Caspienne se livre entièrement, les lumières des bazars, le fourmillement de ceux qui profitent d’un peu de fraîcheur ; premières effluves orientales. Nous y resterons quelques jours, le temps de prendre la température, de glaner ca et là différents renseignements pour la suite. Nous découvrons la vie des “expats”, petite société, qui, autour de l’ambassade vivent en France à l’étranger. Nous trouvons chez nos nouveaux amis un accueil chaleureux, des conseils, des adresses. Goûtant une dernière fois à ce petit coin de France, nous fixons le départ pour le lendemain matin.
Le balai des Ladas sur une autoroute surchauffé est la toile de fond de notre entrée dans le désert d’Apchéron. Villages de tôle, villages champignons ; les lointains faubourgs de Bakou vont et viennent au gré des flux de réfugiés ; Arméniens, Azéris du Haut Karabak. Ce conflit territorial est vécu comme un drame national , un problème insoluble qui les concerne tous, au moins en paroles. Au bord de cette artère vers la Géorgie s’organise tout un système de petits commerces. Les marchands sont nos premiers hôtes ; à l’ombre de quelques planches, ils nous offrent pastèques et thé. Nous marcherons 2 jours, le long de ces routes qui n’en finissent pas, au milieu de ce désert d’argile et de carcasses métalliques, souvenirs déjà lointain de l’industrialisation soviétique de ce bassin pétrolier. Abrutis de soleil et de vent, nous sombrons dans une léthargie dont seuls les klaxons d’encouragements nous tirent. Nous subissons l’épreuve d’entrée au Caucase. C’est le temps du rodage : habituer notre organisme au climat, à une alimentation aléatoire, à l’effort, trouver le bon rythme, enfin enrichir notre maigre répertoire de quelques mots de russe et d’azéri de cuisine.
Autour de nous, Le conflit tchétchène est tabou. Que penser de ces rebelles du Caucase ? Dilemme. Ici, on craint plutôt le réfugié ou le brigand que le moudjahidin. Certains, paraît-il viennent jusqu’ici. Les Azéris sont des musulmans modérés, certains nous avouent timidement soutenir leurs frères de religion.
Sous le soleil déclinant, nous atteignons un soir un village de terre au bord de la route. Des enfants fuient à notre approche, des hommes viennent à notre rencontre, un peu plus loin, des femmes sont regroupées, intriguées. C’est clair, nous sommes indésirables ; ils nous indiquent la route, hésitent puis : « vous êtes tchétchènes ? ».
Quelques maisons plus loin nous arborons bermudas et appareils photos, les portes s’ouvrent, on parle football et Zidane. Nous retiendrons la leçon : Mieux vaut être un touriste égaré qu’un apprenti tchétchène en déroute.
Rafael vends des pastèques au bord de la route, il est l’heure de s’arrêter car la chaleur est insupportable, curieux, il s’approche. quelques instants plus tard, nous sommes installés dans sa cabane. La confiance est gagnée ; il sort de sa poche un petit sachet. Son secret est là : des pièces en bronze très anciennes, ornées de motifs étranges, peut-être rares témoins d’une civilisation zoroastre peuplant ces montagnes quelques 1500 ans auparavant. Les collines en sont truffées, nous explique Rafael, dans un mélange de russe, d’anglais et d’italien. Il garde son secret, et continue de vendre ses pastèques. Nous devons ressembler à des géologues, car un peu plus loin, un vieux nous pousse chez lui et nous consulte gravement sur un minerai qu’il croit précieux, nous griffonnons quelques mots pour ne pas le décevoir.
Sitôt quittés la route et le désert, nous abordons les premiers contreforts du Caucase. Nous voici désormais pèlerins, en direction du mont Babadag, c’est une destination que tous connaissent et qu’ils nous indiquent facilement.
A travers les plateaux désertiques, les ruines kolkhoziennes déterminent nos haltes, un oléoduc est notre fil d’Ariane. Dans des villages isolés nous arrivons sans autre explication que nos fatigues, faims et soifs. Demander de l’eau, s’asseoir, sortir cartes, carnets, croquis ; il suffit de peu pour briser la glace devant des hôtes parfois un peu farouches. Nous jouons avec les enfants, filmons, et bientôt les discussions s’animent.
Dans ces vallées arides, un arbre est un signal, un carrefour. On s’y installe, des bergers sont déjà là, profitant d’un peu d’ombre. Nous marchons jusqu’aux dernières lueurs du soir, profitant du répit qu’offre le soleil.
A l’approche de Lahic, l’altitude s’élève, premiers 3000, les villages des vallées font place aux campements, les Ladas aux chevaux. Surpris d’entendre parler anglais, nous sommes à Lahic, village qui a su mettre à profit son passé. Le tourisme nous apparaît comme la manne hypothétique de ces montagnes.
Le mont Babadag est le premier d’une longue série de monts et de pics formant une vaste muraille jusqu’aux rivages de la mer Noire, frontière naturelle des peuplements, refuge séculaire pour des peuplades persécutées. Ici s’opposent ou cohabitent les descendants des ensembles moyen orientaux (Persans, Ottomans, Turcs), et caucasiques (slaves ou indo-européens).
Dans une vallée profonde, nous remontons le cours d’eau qui nous mènera jusqu’au sanctuaire de Baba, reine des montagnes. Aller baiser les roches d’où la presque déesse règne et gouverne les monts, les climats, les récoltes et le travail vaut bien un pèlerinage. Tous sont là ; citadins et bergers, vieillards et enfants. Par petites équipes, ils gravissent les sentiers séculaires sous la lune. Qu’importe la santé, l’âge ou l’entraînement, Baba veille sur nous, et les longues incantations scandées à intervalles réguliers le rappellent à ceux qui, à la vue des pierres tombales, auraient pu en douter. Nous sommes conviés à y participer. Nous ferons avec eux les 5 heures d’ascension de nuit pour s’écrouler de fatigue du haut des 3600 m du “belvédère de la Caspienne”.
Désormais nous avons pénétré dans la partie Nord de l’Azerbaïdjan ; région des hautes vallées, pratiquées seulement par le vient des troupeaux et les quelques Ladas qui s’y risquent.
Dans des villages haut-perchés - les aouls - , la vie s’organise autour du troupeau. Ressource principale et indispensable, il fournit l’essentiel de la nourriture, laine et combustibles pour ces régions où le bois est si rare. Les sédentaires des vallées partagent les pâtures avec les familles des campements d’altitude ; pour eux, pas de murs ; on ne peut passer à côté d’une yourte sans y faire halte. Les alpages sont leurs jardins, leur accueil nous déroute.
Xinalic est une bourgade isolée mais incontournable ; les guides de voyage d’ordinaire muets la signale. Xinalic n’a pas d ‘âge ; elle incarne l’adaptation de l’homme à son environnement , un peu de vie arrachée au roc de la montagne. Un labyrinthe de ruelles sillonne à travers les murs de pierres sèches. Au détour d’une ruelle, Habil nous accueille sans prélude. Déjà, il faut s’extirper des vapeurs d’une vodka trop forte et refuser l’accueil pour la nuit. Nous goûtons à l’hospitalité des montagnes ; elle se termine souvent par des embrassades à la russe.
Curiosité géologique, le « hâgun » est un feu ininterrompu depuis des siècles ; des poches de gaz a fleur de roche l’alimentent en permanence. Une nuit au bord du feu sacré nous vaudras des maux de tête terribles.
Un dernier col marque notre retour dans les piémonts caucasiens ; nous devons en effet descendre plus au sud pour contourner le Daghestan interdit.
Les alpages et les rocailles des crêtes sont désormais bois et jardins. Nous profitons de ces quelques étapes planes et balisées pour rattraper un peu de retard sur nos prévisions . Bien nourris, pressés de rejoindre la Géorgie, où nous pourrons reprendre de l’altitude. Nous pressons le pas, et notre moyenne journalière grimpe à plus de 40 km.
Dans ces villages-rues qui n’en finissent pas, là où le chômage contraint à l’oisiveté, nous vivons au rythme du thé offert pas des hommes attablés aux terrasses du matin au soir.
Touristes pas ordinaires, nous aurons droit aux contrôles de toutes les sortes de flics d’Azrbaïdjan ; militaires, policiers, gendarmes, hommes des milices ou des renseignements, civils ou militaires, douaniers ou agents de circulation, tout ce qui porte képi et moustaches ; soit une bonne moitié de la population masculine azéri. Plein d’a prioris vis à vis de ces porteurs d’uniforme nous, serons surpris : combien de fois notre hôte d’un soir nous avoueras être flic! Nous craignons pour nos dollars, et c’est l’inverse qui se produit ; faute de pouvoir nous inviter au restaurant, des policiers nous forcent un soir a accepter quelques billets.
La hiérarchie des villes d’Azerbaïdjan comporte deux échelons ; la capitale Bakou, et une quinzaine de grosses bourgades revendiquant le titre de deuxième ville du pays. Sheki est l’une d’elles, la seule qui soit d’ailleurs considérée comme touristiquement intéressante. Au détour d’une ruelle, l’un de nous passe la tête à travers la porte entrebaîllée ; nous voici déjà attablé au milieu des festivités d’un lendemain de noces. Au milieu de nos nouveaux amis, nous effleurons le scandale diplomatique alors que, découvrant dans nos assiettes un demi crâne de mouton, nous ne pouvons réprimer une grimace. Vodka aidant, ces évènements sont vites oubliés. Par ici, vodka et Coran font bon ménage ; « Quand nous buvons, nous n’allons pas à la mosquée. », nous explique Fariz. l’islam post-soviétique a du bon.
Nous approchons de la frontière ; les bourgades se ressemblent, nos étapes aussi. Une agitation fébrile anime ces routes filantes ; bergers, marchands, routiers, soldats et flâneurs de toutes sortes y participent. Autant d’activités auxquelles correspondent des modes de transports : la Lada reine, le side-car “Oural” chargé de pastèques, de bois ou de passagers, attelages, ânes, buffles ou bicyclettes ; tout ce qui roule, galope ou titube.
« Méfiez-vous, nous avait-on dit à l’ambassade de France à Bakou ; les géorgiens traversent une crise difficile, ils peuvent se montrer agressifs, les routes ne sont pas sûres, vous y trouverez soldats, brigands, peut-être même des Tchétchènes en déroute… »
Sur nos gardes, nous pénétrons dans Lagodekhi, premier village d’Europe sur notre route.
Deux heures plus tard, notre méfiance est déjà loin. Nous avons goûté à l’hospitalité géorgienne, et de notre équipe, il ne reste plus que trois pantins titubant dans les vapeurs éthyliques d’une vodka trop facilement acceptée. En quelques km nous quittons l’Asie, l’Islam et son uniformité des mœurs pour découvrir des filles bariolées et anglophones ; une certaine image de l’Europe. Sur notre route, qui depuis notre départ file vers l’Ouest, nous devons effectuer une large boucle par le Sud pour éviter la vallée du Pankis, base arrière tchétchène en Géorgie.
L’hospitalité azérie nous auras impressionnée ; elle est un devoir , un principe sacré, ancré dans les mœurs des montagnards depuis des générations. Côté géorgien, elle a une dimension supplémentaire : elle est maternelle.
Ses plaines fertiles faisaient de la Géorgie une des républiques les plus riches de l’Union. Aujourd’hui, malgré une position stratégique sur la route du pétrole, sa situation économique est préoccupante. Face au chômage, chacun s’organise ; dans les campagnes, grâce à l’autarcie domestique, en ville avec quelques petits métiers. Beaucoup rêvent d’émigrer ; Allemagne, France ou Angleterre, autant de mirages pour une vie plus facile…combien pourront se payer le voyage ?
Au soleil, entre rivières et jardins, nous découvrons les arts de la table, dans cette région viticole ils sont une culture, un mode de vie. Les repas sont l’occasion de souvenirs, de légendes, de chants. Chaque toast est un hommage, une commémoration à des intentions aussi diverses que les morts, la paix, le voyage. Tout semble vouloir nous retenir; certains lendemains de fêtes difficiles, nous seront immobilisés des journées entières, attendant que l’un ou l’autre se remette d’une digestion difficile. Zurab travailles dans l’usine de gaz où nous faisons halte un soir. Jérôme est malade, zurab nous conduit spontanément chez sa mère, où nous passerons la journée, entre festins et visites.
La route militaire géorgienne, est notre prochain objectif, pour l’atteindre et regagner les hautes montagnes au plus vite, il nous faudra slalomer entre les pauses alcoolisées. Parfois notre équipage secoué par des crises de moral ou des crises de foi ne paies pas de mine. Jérôme, toujours devant alors qu’Adrien et Edouard se partagent la lanterne rouge, au gré des maladies, des coups de gueule ou des coups de blues. Souvent éloignés les uns des autres le long de la route, nous goûtons aux rêveries de promeneurs solitaires.
Une nuit, alors que nous cherchons refuge face aux hordes de moustiques, un faisceau de lampe est braqué sur nous, les chargeurs de kalachnikov claquent, nos sangs se glacent. Des soldats étonnés nous interrogent, et c’est sous escorte que nous gagnons Tianeti en état de siège ; motif :des tchétchènes sont à seulement 10 km de là.
Seul axe Nord-Sud carrossable traversant la chaîne, la route militaire voit depuis des siècles cheminer les marchands, bergers, soldats et migrants. Elle doit nous mener en Russie au pied du mont Kasbeg, au delà duquel nous marcherons sur les versants Nord.
Au débouché de cols d’altitude et de vallées profondes, nous atteignons le mont mythique, orgueil national du haut de ses 5000 m. Notre route est jalonnée de sommets d’altitudes ; ils ont chacun leurs légendes, leurs difficultés, dans chaque pays traversé, nous voulons gravir un sommet phare; après le Babadag en Azerbaïdjan et en vue de l’Elbrouz en Russie, nous entreprenons l’ascenscion du mont Kasbeg, orgueil national du haut de ses 5000 m.
Parvenus au camp de base, nous attendrons en vain que la météo soit plus clémente. Quelques km plus bas se trouve la frontière georgio-russe, que nous devons franchir. Nous apprenons avec surprise que seul sont autorisés à passer les ressortissant de la CEI. Les palabres qui s’ensuivent sont stériles, nous croyons un instant notre voyage à l’eau, lorsqu’un officier géorgien nous conseille d’essayer plus à l’Ouest, par les montagnes.
Le col de Trusso, en Ossètie du Sud, nous paraît idéal ; haut perché, nous devrions pouvoir y négocier un passage sans trop de difficultés. De bonne heure, après une ascension périlleuse à 3600 m nous atteignons la frontière : pas plus de poste que de soldats. Nous n’allons pas rebrousser chemin. A la nuit tombante, alors qu’il nous voit sortir de la brume, Avto nous croit tombés du ciel. Nous passerons une journée de repos sous sa tente de berger, dans la vallée du Fiagdon, au milieu de nulle part.
Laissant les hauteurs pour le goudron, nous découvrons des chapelets de campings pour citadins russes en mal de nature. Barbecue, musique américaine et bungalows ; autant de bonnes raisons pour dépenser ses roubles.
Alors que nous atteignons les plaines nord caucasiennes pour une petite parenthèse de régularisation (il nous manque le tampon d’entrée sur nos visas), les rencontres policières s’enchaînent. Les premiers nous hèlent de leur table et nous tendent des verres bien pleins.
Les seconds, qui nous arrêtent le lendemain pour un contrôle de routine sont moins conciliants. C’est au poste que nous leur expliquons notre situation. Une après midi d’attente et d’illusions plus tard, que nous sommes conduit dans une base militaire sous escorte.
Très vite, nous réalisons : pris pour des tchétchènes puis pour des espions, nous subirons dix jours d’incarcération jusqu’à notre expulsion, le 4 Septembre, au terme d’un mois de voyage, de 900 km parcourus… et dix jours de “repos”.
Frayeurs et déceptions seront vite oubliées pour se poser une seule question : « quand est-ce qu’on repart ? ».
Notre aventure est une traversée ; nous en avons réalisé la première partie ; la seconde ne peut-être qu’aussi riche, avec l’expérience en plus.

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